dièses contre les préconçus

Clichés, une émission YouTube à découvrir


L'émission tournée en Belgique montre qu'il est possible de conjuguer humour, réflexion sur les préjugés et expression des personnes concernées. (Entretien.)
par #Devid (Sous-Culture) — temps de lecture : 5 min —

Clichés est une émission YouTube qui interroge les stéréotypes sur différentes parties de la population. Les épisodes permettent ainsi à des personnes concernées de discuter avec humour des clichés qu’elles subissent en raison de leur genre, de leur origine, de leur corps, de leur sexualité, de leur foi, de leur couleur de peau…

L’émission, tournée en Belgique et dont la deuxième saison vient de commencer, dépasse régulièrement la centaine de milliers de vues (et a déjà frôlé le million). Nous avons discuté avec Devid, le fondateur de la chaîne, pour qu’il nous en dise plus.

Comment est née l’émission ?

J’ai depuis longtemps envie de développer un projet numérique. Je consomme en effet beaucoup de contenus YouTube, et j’avais envie d’une émission qui me ressemble, ou plutôt qui me plaise à moi. En fin de compte, j’en trouvais plus dans le monde anglo-saxon plus que dans le monde francophone… Avec deux amis, on s’est donc mis autour d’une table pour voir quelle émission on pourrait commencer à développer pour notre chaîne – et c’est ainsi que Clichés est né. Et on espère bientôt créer d’autres émissions, pour continuer à divertir tout en conservant une certaine dimension sociale sur notre chaîne.

Les épisodes sont l’occasion de démonter des préjugés, mais aussi d’en rire et de montrer des points de vues différents.

Le but de Clichés n’est pas forcément de démonter des préjugés, mais plutôt de donner la parole à des personnes concernées. C’est sûr qu’à partir du moment où elles ont la parole, elles peuvent démonter les clichés… mais aussi parfois les confirmer, ou dire que les choses sont plus compliquées. C’est pour cette raison qu’on tente toujours d’avoir le casting le plus divers possible : on veut aussi montrer que les personnes d’une communauté ne sont pas toutes d’accord entre elles.

Pour l’humour, c’est en effet quelque chose qui nous semble essentiel : c’est encore le meilleur moyen de toucher les gens et de retenir leur attention. L’humour aide à digérer l’information beaucoup plus facilement.

Même si les personnes qui participent aux émissions sont plutôt conscientes des discriminations qu’elles subissent, elles n’ont pas forcément toutes un discours très lisse ou épuré. Est-ce quelque chose qui compte pour vous ?

Oui, pour nous c’est essentiel que les discussions soient issues du réel. Dans la vraie vie, personne ne parle comme SOS Racisme, et pourtant tout le monde est concerné par ces sujets. C’est évidemment très bien d’avoir des personnes militantes dans le casting, mais celles qui viennent savent que lorsqu’elles sont chez nous, on n’attend pas forcément d’elles un discours très politique. Et il est aussi très important pour nous d’inviter des personnes qui ne sont pas forcément « déconstruites », parce que dans une communauté, tout le monde ne l’est pas toujours. Et leur voix doit aussi être entendue.

Vous arrive-t-il d’hésiter à aborder un thème pour une émission ?

Oui, bien sûr. Par exemple, quelques personnes nous ont écrit pour nous suggérer d’aborder les clichés sur les satanistes. On ne pense pas le faire pour le moment, parce qu’on trouve parce que ce n’est pas spécialement en accord avec l’émission… mais les choses peuvent toujours évoluer.

Bien que l’émission souhaite surtout donner la parole à des minorités, vous avez aussi fait le choix d’aborder les clichés sur les blancs ou les chrétiens. Est-ce que c’était pour vous une évidence ?

En fait, même si on est surtout trois à décider pour le projet, on est cinq en tout dans l’équipe. Et pour l’émission sur les blancs, l’idée n’est pas venue de nous : ce sont des commentaires sur YouTube qui nous l’ont suggérée.

On s’est bien sûr posé la question de savoir si on devait traiter le sujet. Mais en fait, même si les blancs ne sont pas une minorité, on s’est dit que les minorités pouvaient aussi avoir des clichés sur la majorité, et que le sujet avait donc un intérêt. Et puis, même s’il n’y a pas de statistiques ethniques sur YouTube, on voit avec les commentaires qu’une grande majorité des personnes qui nous regardent sont issues des minorités, et on s’est dit que ce contenu pouvait aussi les intéresser.

Comment est-ce que les émissions s’organisent ?

On se répartit le travail. J’ai une formation de réalisateur, et même si je chapeaute tout le projet, je m’occupe un peu plus de la partie technique. Pour les émissions, on commence toujours par choisir les sujets ensemble. Une fois les plannings arrêtés, une autre personne s’occupe des castings : elle repère sur les réseaux sociaux des personnes qui pourraient convenir, et publie aussi parfois des appels à témoins sur Instagram. Et lorsque le casting est fait, on recherche les questions qui seront posées au moment du tournage.

Au moment de l’émission, une personne de l’équipe relance parfois les intervenants pour les inciter à développer quelques questions. Ces interventions sont enlevées au montage, pour ne conserver que les propos des intervenants. L’idée est de nous effacer le plus possible, pour que tout le travail qui se trouve derrière les émissions ne se ressente pas.

Les émissions sont-elles très montées ?

Chaque tournage prend entre 1h et 1h15, et on en conserve 20 à 30 minutes. On coupe donc beaucoup de choses – surtout pour aller à l’essentiel. Comme plusieurs personnes participent, il y a souvent beaucoup de redites. On enlève aussi certaines questions qui ont été posées et qui n’ont pas trop suscité la discussion.

À l’origine, on montait même beaucoup plus les émissions, pour ne conserver qu’une petite quinzaine de minutes. Les retours que nous avons reçus nous ont incité à faire plus long, et je pense que nous avons désormais trouvé le bon rythme pour la chaîne.

Pour finir, quels sont les moments qui vous ont le plus marqué lors des émissions ?

Il y en a quelques uns. L’épisode sur les violences conjugales m’a beaucoup touché. Celui sur les femmes grosses, lui, était le plus drôle, et le préféré de beaucoup de monde.

Mais l’épisode sur les personnes transgenres est sans doute celui qui m’a le plus appris sur les problèmes que ces personnes rencontrent, par exemple avec les mutuelles.

Entretien mené par Paul Tommasi.


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