dièses contre les préconçus

Diversité, montre-toi !


« Un livre, ça peut tout changer. »
par #La Booktillaise — temps de lecture : 5 min —

La diversité, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que cela apporte ? Au fond, en plus de parler de diversité, peut-être devrait-on aussi parler de normalité…

Pourquoi ? Parce que les personnes faisant partie d’une minorité (ethnique, LGBTQI+, situation d’handicap, gros·se…) ne sont que peu (ou que très mal) représentées dans les médias, alors qu’elles existent !

La terre n’est pas peuplée de personnes qui se ressemblent toutes : elle est même très hétérogène. Alors pourquoi ne voit-on souvent qu’un seul type de personnes dans les créations artistiques ? Que cela soit à travers les films, les séries, les magazines ou les livres, une seule norme reste représentée en majorité.

Des normes qui s’imposent à nous

C’est quelque chose que tous les personnes racisées ou faisant partie de ces minorités vivent et ressentent. Il est possible que vous ne l’ayez pas remarqué si vous ne faîtes partie d’aucune de ces communautés. Nous avons en effet tou·te·s été habitué·e·s par les médias à une seule et unique norme : celle des personnes blanches, hétéros, cis et valides. Même au niveau des normes de beauté, tous les yeux sont tournés vers le monde occidental.

Les personnes privilégiées ne se rendent pas toujours compte de nos luttes et souffrances. Ce que je peux comprendre. Moi-même, en tant que racisée, je ne vois pas forcément ce que vivent les personnes des autres communautés. D’où l’importance de se renseigner, de poser des questions et de garder l’esprit ouvert. De s’interroger sur ce que cela fait en tant qu’enfant et ado de ne jamais se voir au cinéma ou dans les livres, de remettre en question notre légitimité et notre beauté. Cela crée de sérieux problèmes identitaires, et ce n’est juste plus possible de continuer à le tolérer.

Si on n’est jamais représenté·e, si on ne se voit jamais dans les médias, comment peut-on s’aimer, s’apprécier ? Je me souviens par exemple que quand j’étais en 6e, j’aimais regarder Ma famille d’abord. Kady, la cadette, avait au début de beaux cheveux bouclés, très fournis… mais dans la saison suivante, elle avait les cheveux lisses. Et j’ai trouvé ça magnifique !

Nous avons besoin de représentation

J’ai alors demandé, insisté, pleuré pour que ma mère me défrise la tête. Moi aussi je voulais avoir les cheveux lisses, moi aussi je ne voulais plus souffrir quand on me coiffait pendant une éternité ! Ma mère a d’abord refusé, puis, pour me donner une leçon, a fini par céder.

Je me suis donc fait défriser en 6e, et j’étais contente ! J’arborais ma chevelure lisse. Je ne détestais pas en soi mes cheveux naturels. Mais je trouvais que c’était long à coiffer, et que les cheveux lisses étaient plus beaux. Bref, rien ni personne dans les médias ne m’a fait me rendre compte que je pouvais être bien et belle avec mes cheveux crépus. Aujourd’hui encore, dans le monde de l’édition française, on ne peut pas citer beaucoup de livres avec une fille noire aux cheveux afro en couverture.

La vérité, c’est que lorsque nous ne sommes pas représenté·e.s, nous en arrivons à nous demander si nous sommes beaux et belles, si nous sommes dans la norme.

C’est d’ailleurs pourquoi je remercie des auteur·rice·s comme Venessa Yatch pour leurs romans. Quand j’ai lu son livre J’ai mal à mes cheveux, j’ai eu les larmes aux yeux. En lisant ce livre, j’ai réalisé ce que j’avais déjà compris : mes cheveux, c’est mon identité ; mes cheveux, c’est mon histoire. Je dois en être fière ! Je dois les chérir tout comme je chérirais un trésor !

J’ai aussi lu récemment Comme un million de papillon noirs de Laure Nsafou – et j’en ai encore pleuré. La plume est magnifique, les illustrations le sont aussi… et voir cette petite fille subir des moqueries sur ses cheveux, puis voir sa famille lui démontrer combien elle était belle et lui expliquer d’où elle venait… m’a énormément touché.

Pourquoi ne nous voit-on pas dans les livres ?

J’aurais eu besoin de ce genre de livres lorsque j’étais plus jeune. Et comme on ne peut pas revenir dans le passé, j’ai aujourd’hui envie de me battre pour que les jeunes de maintenant puissent avoir ce genre de ressources entre leurs mains.

Personne ne peut me faire croire que la France n’est pas un pays divers. Et puisqu’il y a dans ce pays des personnes noires, arabes ou asiatiques, des personnes grosses, qui sont membres de la communauté LGBTQI+ ou qui sont en situation de handicap… Pourquoi ne les voit-on pas dans les livres ? Les livres sont censés dépeindre une certaine réalité : après tout, les personnages sont des êtres humains. Est-ce qu’il n’y a donc qu’un seul type d’être humain ?

Les personnes issues de minorités développent souvent très tôt cette impression d’être laid·e, de ne pas compter, de ne pas être comme il faut, de ne pas être là où on devrait être. Et personne ne peut s’exprimer en notre nom pour dire que cela ne pose pas problème.

Un livre peut tout changer

Oui, la représentation de la diversité est importante. Elle l’est parce que nous lisons pour passer de bons moments, et qu’un livre peut faire en sorte que toute une ribambelle de personnes se sentent bien. Je tente d’y contribuer sur mon blog, comme beaucoup d’autres personnes. Pour que la génération d’après n’ait pas honte d’être noir·e, arabe, d’avoir les yeux bridés, de porter le voile, d’être en situation de handicap, d’être gros·se, de faire partie de la communauté LGBTQI+… Pour que nous puissions nous sentir bien. Un livre, ça a un poids, un livre, ça peut tout changer.

De mon côté, je lis surtout de la new romance, du new adult et de la romance contemporaine – et dans ces genres, très peu de livres publiés par les maisons d’édition françaises mettent en avant des personnes racisées. Je peux même citer beaucoup d’éditeurs de romance qui ne mettent jamais de personnage issu d’une minorité en couverture !

Et puisque nous existons dans le monde réel, ce n’est pas normal qu’on ne se retrouve pas aussi dans la littérature. Nous aussi, nous existons. 

La Booktillaise est blogueuse littéraire.


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