dièses contre les préconçus

La parole aux concernés


Les Roms sont trop souvent oubliés des luttes antiracistes. Il est temps de leur donner la parole, et de les prendre en compte.
par #Rencont'roms nous — temps de lecture : 6 min —

Rencont’roms nous est une association qui propose des actions culturelles, artistiques et éducatives entre les populations Roms de Toulouse et différents publics. Nous l’avons créée pour lutter contre les discriminations et le racisme.

Depuis 2013, nous menons ce projet avec les Roms, dans une démarche totalement inclusive et participative. En un mot, nous cherchons à (re)donner la parole aux premiers concernés : les Roms.

Cela fait 7 ans que nous travaillons avec les habitants Roms du terrain de la Flambère, un bidonville où vivent près de 200 personnes et qui se trouve dans le quartier Purpan, à Toulouse.

Nous menons ainsi un réel travail de terrain du quotidien, où nous voyons les habitants, et notamment les plus jeunes, grandir (ou vieillir), évoluer, progresser. Cette présence sur un temps long nous a permis de tisser des relations de confiance et d’amitié, des liens très forts, qui nous ont fait avancer sereinement et progressivement. C’est ainsi qu’un premier poste de salarié a été confié en février 2020 à Andrei Nicolae, un jeune du terrain.

Un projet qui grandit

Si initialement nous étions orientés vers des projets artistiques et culturels, nous avons progressivement investi, d’abord le volet scolaire, puis le champ de l’insertion professionnelle. Ainsi, notre projet repose désormais sur trois piliers : culture, éducation et insertion professionnelle.

D’abord, la culture.

Avec une double entrée. D’une part, l’entrée « cultures tsiganes », avec la volonté de les diffuser, dans toute leur richesse et leur diversité. Les habitants de la Flambère ont ici une place grandissante, puisqu’ils animent de plus en plus eux-mêmes ces temps culturels : initiation aux danses tsiganes, atelier cuisine, etc.

Autre axe : l’ouverture culturelle des habitants du terrain. Nous leur proposons tout un panel d’activités artistiques et culturelles afin qu’ils découvrent de nouvelles pratiques et de nouveaux horizons, et qu’ils puissent pénétrer dans des lieux emblématiques de la ville afin de (re)découvrir le patrimoine de leur territoire. Nous explorons toutes les disciplines, travaillons avec d’autres publics sur des projets ciblés pour proposer des projets communs permettant à chacun de changer son regard sur l’autre, par le simple fait de travailler ensemble. Ce sont des projets de long cours, où la dimension éducative est toujours sous-jacente.

Des jeunes qui restent souvent à la porte de l’école

L’éducation est elle aussi un volet grandissant dans notre quotidien.

Dès 2017, l’association a cherché à favoriser la scolarisation des jeunes du terrain de la Flambère en lien étroit avec les établissements scolaires où les jeunes sont scolarisés, et avec la ferme volonté de développer des espaces de réflexion collective avec différents partenaires et acteurs (institutionnels, associatifs, Éducation nationale) en lien avec la scolarisation des élèves.

Nous soutenons aussi activement la campagne nationale #EcolePourTous, un collectif de jeunes, Roms, mineurs isolés, voyageurs, etc., qui connaissent des difficultés dans l’accès à l’école et qui se battent aujourd’hui pour qu’aucun enfant ne reste à la porte de l’école (près de 100 000 enfants en sont encore privées en France). En 2019, les jeunes de l’association ont ainsi souhaité donner une impulsion locale à cette campagne nationale, en organisant et animant des modules de sensibilisation au racisme dans les collèges.

Enfin, l’insertion professionnelle.

Cinq jeunes volontaires issus du terrain ont été accueillis en service civique sur des contrat de huit mois. Chaque jeune est accompagné individuellement : tout un travail est fait autour de son parcours socioprofessionnel, pour que cette expérience soit pour lui un tremplin utile et porteur. À chaque jeune accueilli, c’est donc une aventure inédite qui commence, avec son lot de joies, de bonheur, de coups durs et de peines, tant au niveau personnel que professionnel. Avec au bout, des parcours d’inclusion réussis. Si Andrei Nicolae en est le plus bel exemple, d’autres suivent derrière. Ce pari d’accueillir des jeunes de la Flambère a également permis d’apporter un nouveau souffle, une nouvelle dynamique à la vie de l’association, à travers de nouveaux projets et de nouvelles idées.

Un enjeu de citoyenneté

Ces trois volets de l’association nous mènent à nous balader à travers Toulouse et ses quartiers, mais aussi à travers notre belle région Occitanie. Nous tentons de proposer des actions qui invitent à la rencontre, au partage et à la convivialité, qui convoquent le « faire ensemble », le « créer ensemble ». Se joue ici un enjeu de citoyenneté, car les habitants du terrain s’impliquent dans la vie locale et participent à la vie culturelle. Ils découvrent et se réapproprient leur(s) territoire(s). Être citoyen, c’est habiter une ville, y participer, s’y sentir légitime à circuler ici ou là. Cela peut paraître anodin, mais ce n’est pas évident pour tout le monde. Malheureusement.

Ce projet associatif, il s’est construit, affiné et développé avec le temps, au fil de nos rencontres et des partenariats, au gré des opportunités qui se sont présentées. Mais aussi grâce à la participation des jeunes du terrain et à leur engouement devant ce que nous pouvions proposer. De « publics bénéficiaires », ils sont passés rapidement à acteurs et organisateurs de projets.

Ces jeunes qui font vivre l’association aujourd’hui, qui proposent des activités aux plus petits, ce sont les mêmes qui en ont bénéficié à notre arrivée, en 2013. Ce temps long permet de les voir grandir, de s’inscrire avec eux dans un réel parcours d’inclusion, qui devient global. Ces jeunes s’accomplissent, s’épanouissent, s’ouvrent, se découvrent des destins nouveaux, parce qu’ils ont une fenêtre pour s’exprimer. De projet en projet, ils se forment, ils se livrent, ils se découvrent, ils progressent, ils apprennent, puis partagent ce qu’ils ont appris. Une fois formés, ils deviennent en quelque sorte formateurs.

Il est temps d’écouter ces jeunes

Tels de réels médiateurs, ces jeunes font le lien permanent entre les habitants et l’association, ils redessinent les liens entre le terrain et les différents partenaires (associatifs ou institutionnels). Ils sont force de propositions, d’initiatives, d’actions. Ils agissent en tant que premiers concernés. Leur place est toute trouvée.

Nous sommes fiers de montrer cette jeunesse qui s’engage au quotidien. Un engagement contre le racisme, contre les discriminations, contre les préjugés. Mais surtout un combat pour l’inclusion. En mettant en avant leurs histoires, leurs parcours, leurs expériences, notre association ne cesse d’agir pour leur (re)donner la parole, qu’ils saisissent admirablement bien. En les accompagnant au quotidien, nous créons collectivement des espaces de dialogue, de débats, d’échanges, autour de projets collectifs et partagés.

Le chemin de l’utopie, semé d’aventures, de rencontres, de surprises, de défis, est encore long, mais nous le poursuivons avec passion, motivation et détermination. Avec toujours au cœur de notre quotidien, les habitants du terrain. Ils ont tellement de choses à dire, à raconter, à proposer, qu’il est plus qu’urgent et nécessaire de les remettre au centre des politiques d’inclusion et de lutte contre le racisme. À Toulouse, ces jeunes en sont un bel exemple.

Article rédigé par Nathanaël Vignaud (président de Rencont’roms nous) et les jeunes de l’association : Andrei Nicolae, Frendus Nitu, Iacob Dragnea, Diana Paraipan, Florenta Trufin et Geneza Drezaliu.


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