dièses contre les préconçus

Contre la haine en ligne, nous avons besoin de tout le monde !


Le groupe Facebook #jesuislà se donne un objectif : promouvoir la bienveillance sur les réseaux sociaux.
par #Xavier Brandao et Shani Benoualid — temps de lecture : 4 min —

L’assassinat de Samuel Paty a relancé de vifs débats autour de la haine et de la liberté d’expression. Ces débats ne sont pas nouveaux : pas un seul jour ne passe, pas même une seule minute, sans que la haine ne s’exprime sur les réseaux sociaux. Et elle se galvanise bien souvent d’un sentiment d’impunité causé par le manque évident de modération sur les plateformes.

Cette haine, illicite, qui voudrait prendre l’apparence de la liberté d’expression, lui porte au contraire atteinte. La haine n’est pas une expression, c’est une agression. Nul besoin de propos haineux ou discriminant pour exprimer une pensée. A-t-on le droit d’insulter quelqu’un dans la rue, d’y tenir des propos racistes ? Non, et pourtant, nous sommes libres de nous y exprimer. C’est exactement pareil sur internet. De plus, comment s’exprimer lorsque l’on risque de faire face à un déferlement de violence verbale ? La haine ne permet pas une expression libre, au contraire, elle l’étouffe.

C’est avec ce constat en tête que nous avons pris la décision de ne plus rester passifs. Nous avons fondé un groupe citoyen de cyber-activistes, le groupe Facebook #jesuislà, il y a de cela presque deux ans.

Un mouvement international

Notre groupe fait partie d’un mouvement international appelé #iamhere, démarré en Suède en 2016.

Depuis sa création, notre groupe Facebook #jesuislà a mené plus de 2 000 actions. Nous sommes maintenant plus de 5 800 membres.

L’enjeu est colossal. Les propos haineux et discriminants sont partout sur internet, et ils sont contagieux. Les réseaux sociaux peuvent ressembler à une jungle dans laquelle il est facile de se perdre. Comme le dit la philosophe Mona Ozouf, « l’ensauvagement du langage annonce, prépare et fabrique l’ensauvagement des actes ».

Et c’est pour cela que l’action de #jesuislà est primordiale, pour ne pas laisser cet ensauvagement gagner du terrain, pour ne pas, ne plus, que le pire advienne. Les nombreuses attaques terroristes perpétrées sur notre sol ces dernières années, mais aussi les agressions antisémites, racistes, sexistes ou homophobes qui se multiplient de façon quotidienne ont souvent internet comme dénominateur commun. Le passage à l’acte est généralement le fait d’individus qui se sont radicalisés sur la toile, au contact de discours haineux.

Tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice

La bonne nouvelle, c’est que la bienveillance est également contagieuse, et que chaque petit pas vers l’autre, chaque petit geste d’ouverture a un grand effet.

C’est un combat quotidien. C’est tous les jours que nous allons répondre à la haine dans les commentaires des articles des principaux médias. Nous exprimons de la positivité, de la compassion, apportons des faits et des sources, défendons les idéaux de paix et de tolérance.

Nous nous opposons aux propos haineux, discutons avec ceux qui les tiennent. Il ne s’agit pas de museler l’autre mais de montrer à la majorité silencieuse, qui n’ose pas s’exprimer, qu’un autre discours est possible.

C’est le choix que les membres de #jesuislà ont fait parce que chacun peut, en mettant sa petite pierre à l’édifice, rendre le monde réel ou virtuel meilleur.

Internet est un espace public

Ces deux mondes ne font aujourd’hui plus qu’un. Internet est un espace public, et comme n’importe quel autre espace public, il appartient à tout le monde. Chacun y a le droit au respect, et devrait avoir le droit d’y exprimer sa voix sans risquer de se faire harceler ou intimider.

Si chaque prise de parole sur internet a une incidence sur le monde qui nous entoure, chaque silence a lui aussi son importance. Se taire signifie parfois se rendre complice de l’inacceptable. Peut-être, au fond, avons-nous même le devoir de répondre.

Les réseaux sociaux et leurs algorithmes sont devenus de puissants outils de propagande et d’influence. Une idée, même fausse ou malveillante, peut devenir réalité pour le lecteur si elle est répétée à de nombreuses reprises. Sur Facebook, un commentaire « pertinent » n’est pas nécessairement un commentaire factuel, constructif, ni respectueux. Un commentaire dit pertinent est un commentaire aimé par de nombreuses personnes. Des organisations ou des groupes organisés savent très bien tirer parti de cela.

Une affaire de nombre

Pour contrer cette influence, il est nécessaire d’être nombreux, il est nécessaire d’être visibles. C’est pour cela que le groupe #jesuislà, grâce à sa taille et à son organisation, peut vraiment faire la différence. Le groupe cible les articles où la haine ou la désinformation dominent. Quand une action est lancée au sein du groupe, tous les membres peuvent y participer, et aller commenter, directement sur l’espace de commentaires de l’article de presse. Les seules règles : dire ce que l’on pense, mais rester respectueux, et argumenter ! Puis les autres membres du groupe peuvent venir « liker » ces commentaires, pour que les algorithmes les fassent remonter et les rendent plus visibles que la haine. Et nous y arrivons souvent très bien : nous parvenons à ce que nos commentaires finissent en haut de page, là où ils sont les plus lus.

Le groupe est également un espace de solidarité et d’entraide, où, qui que l’on soit et d’où que l’on vienne, on peut se retrouver et échanger. On s’y forme, on y partage des sources, des décryptages, des réflexions sur les mécaniques de la haine et de la désinformation.

Nos modes de vie, notre monde change. Notre engagement doit changer lui aussi. L’activisme de la décennie 2020 est probablement le cyber-activisme.

Nous avons vraiment besoin de toutes les bonnes volontés, alors, que ce soit dans le groupe ou bien en-dehors, rejoignez le mouvement !

Xavier Brandao et Shani Benoualid sont co-fondateur et co-fondatrice du groupe Facebook #jesuislà.


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