dièses contre les préconçus

Consulter un·e psychologue LGBT-friendly ?


Alors que les recherches de psychologues LGBT-friendly se multiplient, Alexandra Penso conseille à ses collègues de ne pas se contenter des mots d'ordre habituels de la profession.
par #Alexandra Penso — temps de lecture : 5 min —

Une question revient fréquemment agiter la psycho-sphère : celle de la recherche d’un·e psychologue LGBT-friendly (c’est-à-dire bienveillant·e envers les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres).

Certain·e·s de mes confrères et consœurs se sont emparé·e·s de la question, pour critiquer des demandes jugées ineptes. De leur point de vue, la posture de psychologue étant par essence dans le non-jugement et la bienveillance, celle-ci suffit largement pour recevoir des personnes LGBT.

Parfois, répéter qu’on est bienveillant·e ne suffit pas

Pour ma part, je suis gênée par ces réactions, issues d’une minorité de confrères. Bien sûr, il ne s’agit pas pour moi de faire le procès de toute une profession. Mais parfois, répéter qu’on est bienveillant·e ne suffit pas. En tant que psychologues, nous devons avoir conscience que nous sommes notre propre outil de travail, avec notre éducation, nos expériences de vie, nos croyances, nos valeurs… Et parfois, en nous pensant bienveillant·e·s et non-jugeant·e·s, nous pouvons, malgré nous, faire du mal à nos patients.

Aujourd’hui, les demandes pour des psychologues LGBT-friendly se multiplient. Alors la psychologue que je suis s’interroge : peut-être faudrait-il balayer devant notre porte, et se poser la question de l’accueil des personnes LGBT en thérapie ? Peut-être pouvons-nous entendre les revendications de ces patient·e·s ? Après tout, nous avons la chance d’exercer un métier en constante évolution, d’approfondir nos connaissances tous les jours. Nous avons la chance d’avoir de multiples occasions de nous remettre en question, et d’apprendre de nos patient·e·s pour faire de nous de meilleur·e·s professionnel·le·s.

Il se trouve que les personnes LGBT constituent une part importante de ma patientèle. Je rencontre, dans mon cabinet, des personnes qui ont précédemment vu des praticien·e·s avec qui le travail ne s’est pas bien passé. Certain·e·s se sont retrouvés·e·s entraîné·e·s dans des thérapies de conversion, ces pseudo-thérapies visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre (si les « thérapies » conduites par des groupes religieux/sectaires semblent en passe d’être interdites par la loi, celles conduites par des psys peu scrupuleux seront a priori épargnées par cette mesure… En attendant leur interdiction complète, elles font des dommages considérables). D’autres personnes se sont vu poser des questions intrusives et non-pertinentes, se sont senti·e·s jugé·e·s, incompris·e·s, ont vu leur souffrance minimisée… Entre autres.

Des réflexions parfois douteuses

Par exemple, à l’origine du réseau « Ma psy est lesbienne », il y avait des patientes qui regrettaient qu’un lien de causalité ait été fait par des thérapeutes entre des violences subies et leur homosexualité. Qu’il soit clair que le trauma ne rend pas homosexuel·le. Si un homme agresse sexuellement une femme, celle-ci pourra avoir des comportements d’évitement vis-à-vis des hommes, mais l’aversion pour les hommes n’a pas comme corollaire le désir pour les femmes ! Le lien entre des violences sexuelles et une sexualité joyeuse et consentie me semble franchement hasardeux. Et quel serait le sens de la recherche d’une cause à l’homosexualité, si ce n’est d’en faire un symptôme ?

L’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale par l’APA (American Psychological Association) depuis les années 80. De fait, le sujet de l’homosexualité n’est plus traité en tant que trouble dans la formation des psychologues. Il n’est d’ailleurs plus abordé du tout. Si l’homosexualité d’un·e patient·e est évoquée dans une vignette clinique, elle n’est qu’anecdotique. Et ce qui était existant devient un impensé.

Ni symptôme, ni pathologie, l’homosexualité s’accompagne pourtant de besoins de santé spécifiques, qui peuvent découler, par exemple, du fait d’évoluer dans une société où ils et elles sont encore marginalisé·e·s. Se découvrir homosexuel·le ou transgenre, c’est redéfinir son identité, être la potentielle cible de violences verbales ou physiques, à l’école, au travail, dans la famille ou dans la rue… Être homosexuel·le ou transgenre, c’est aussi se construire sans modèle viable, sans représentation (ou presque) autre que l’homme efféminé, et la femme masculine. Alors vouloir qu’un espace soit ouvertement accueillant, n’est-ce pas la moindre des choses ? On est bien d’accord, le·a psychologue se doit résolument d’être dans le non-jugement. Mais quel mal y-a-t-il à s’en assurer ? Nos patient·e·s ne sont-ils et elles pas en droit de l’attendre ?

Écouter les patient·e·s

Être LGBT-friendly, à mon sens, implique de connaître la culture LGBT. Ce n’est pas seulement ne pas insulter ses patient·e·s, ou ne pas tenter de modifier leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. C’est aussi comprendre les termes, les codes, les pratiques de la communauté LGBT. C’est aussi être vigilant·e·s aux problématiques spécifiques de santé des personnes LGBT. La méconnaissance d’un·e professionnel·le de santé peut être violente, parce qu’elle peut amener le·a praticien·ne à stigmatiser ou à minimiser la souffrance, donc à éloigner du soin, voire à être responsable de retards de diagnostic…

Alors voilà, certaines personnes cherchent des psychologues LGBT-friendly, condition sine qua non pour franchir le cap. Et ne pas entendre que cette demande se base sur une peur du jugement, parfois par expérience, est-ce être si bienveillant·e ? N’est-ce pas nier une partie du vécu de ces personnes ? Aucun jugement n’est acceptable quand un·e patient·e demande à être rassuré·e. Et si l’empathie, la bienveillance, et l’attitude LGBT-friendly commençaient quand nous entendons les demandes et les enseignements de nos patient·e·s ?

Aussi, à celles et ceux qui se poseraient la question de commencer un travail thérapeutique : il existe heureusement de nombreux·ses professionnel·le·s bienveillant·e·s et informé·e·s. Et si vous n’êtes pas convaincu·e par votre psychologue, vous avez parfaitement le droit d’en changer. Cet espace thérapeutique que vous ouvrirez est votre espace, et il doit vous convenir. La confiance que vous avez en votre praticien·ne, son écoute et son empathie sont des conditions nécessaires à la réussite du travail que vous entreprendrez. En ce sens, si vous cherchez un·e psychologue spécifiquement LGBT-friendly, cette demande est parfaitement valable.

Alexandra Penso est psychologue-clinicienne à Paris.


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